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Weekend du 19 et 20 août 2000

Les weekends se suivent et se ressemblent. En gros, rien à signaler: Toujours les éternelles sorties nocturnes, les quelques téléphones en Suisse pour savoir si mes lingots sont en sécurité sous mon coussin, le nettoyage de mon linge et de ma chambre. Ce weekend, tout de même, un petit pincement au coeur quand j'enfourche mon vélo; une pensée émue pour les sportifs qui gravissent le Pas-de-Lona sous une chaleur accablante. Quand j'ai fait le Petit Raid, il y a deux ans, il faisait bon (température agréable, il venait de pleuvoir quelques jours plutôt), mais c'était déjà un sacré calvaire... alors sous une telle température, ça doit cuire et taper rapidement sur "le caillou". Eux souffrent de la chaleur avec un vrai vélo, moi je "souffre d'un misérable vélo" avec un température agréable... chacun son monde! 

Lundi 21 août 2000

L'université commence à se remplir. Pour preuve, il y a qu'à voir l'affluence dans les parcs à vélos et sur les routes... il y a deux semaines, il était facile de se parquer, de faire une traversée du l'uni... maintenant c'est une toute autre paire de manche... ça vient de la Mission Impossible, il faut prévoir casque, genouillères et une bonne dose d'inconscience pour essayer de défier les vélos qui tracent à travers l'allée principale de l'uni. Ici si tu regardes pas à gauche et à droite avant de t'engager, je garantie une bonne frayeur quand un viking de 2 mètres pour 100 kg fait un dérapage d'urgence à quelques centimètres de ta figure et commence à te dire des "remerciements" dans son dialecte barbare. Il faudra voir quand dans une semaine, les cours recommenceront vraiment... en parlant de rentrée, j'en connais qui aujourd'hui testent leurs chaises et bancs, font connaissance avec des nouveaux amis et profs en Valais. Et oui chacun son tour... c'est quand l'école recommence qu'on se rend compte que l'été était bien court, qu'on a rien fait, qu'on aurait pu faire..., que j'ai pas pu..., que la piscine était bien, que ça "fait chier" de se lever à 7.00, que la prof est chiante et qu'on voudrait bien revenir quelques semaines en arrière pour en profiter... Arrêtons de nous lamenter sur notre sort, si on va à l'école, ça veut en général dire qu'on est en bonne forme et ça c'est l'essentiel... Bon sang, Steve, tu repasseras avec ta minute de philo et de morale... c'est la bière qui a fait sauter certains de tes plombs? la beauté ravageuse des Suédoises? la platitude du paysage? ou les 5 km que tu accomplis à travers la forêt chaque soir?  si c'est ça... faut se reprendre en main... 

Les festivités d'accueil des nouveaux étudiants continuent et s'intensifient. Dans un grand amphi, à l'extérieur, un millier d'élèves est réuni. Tous ils chantent et encouragent leur camardes au centre de l'arène. Mais que font-ils? On essaye de se faufiler à travers les badeaux pour apercevoir le centre. Après quelques poussées, nous l'apercevons. Une dizaine de personnes pataugent dans une énorme marre de boue. Les chefs les entourent et leur demandent de suivre une chorégraphie pour bien s'enduire de gadoue. Ensuite s'ensuit une bonne bagarre dans la boue, sous les huées et les encouragements de leur équipe. Le combat finit, des samaritains arrivent avec une lance à incendie pour nettoyer les braves héros. Tous le long de l'uni, on assiste à ces spectacles et le soir, tout le monde se retrouve dans les bars, sur les places, dans la forêts, les corridors, pour fêter, chanter et se prendre un méga chiée... c'est peut-être marrant un jour de faire les pitres en tenue de ramoneurs ou de mécanos... mais sacrifier deux semaines de vacances pour ces enfantillages... mais bon, respectons la coutume... ça donne tout de même une bonne ambiance à l'uni.

Mardi 22 août 2000:

Le cours de suédois touche à sa fin et on commence les révisions pour l'examen lundi prochain. Ici ils ont un drôle de système pour les examens... heureusement que Serge Sierro ne l'a pas découvert... car déjà le niveau scolaire valaisan baisse, mais avec ça se serait terrible... on aurait tous un bonnet d'âne. Donc chaque étudiant doit s'inscrire avant le début à chacun des cours qu'il va suivre. Ainsi chaque branche, département reçoit des subsides en fonction du nombre d'étudiants... jusqu'là le système semble correcte, même très équitable... là où ça se corse c'est aux examens. En effet, chaque étudiant qui réussit son examen apporte une manne à son département. Donc les profs sont pas bêtes... ils font des examens faciles comme ça le nombre de réussite est important et les fonds reçus croissants. Donc notre prof de suédois nous distribue une feuille en incitant que beaucoup des phrases et des questions s'y trouvant, reviendront à l'examen... sympa... un peu de "par coeur" et à nous la bonne note et à eux le fric. Mais la qualité de l'enseignement en est grandement négligée... donc ne lisez pas trop fort et ne le répétez pas... si quelques mauvaises oreilles l'entendait, catastrophe pour les études valaisannes...

Sinon on a reçu un petit formulaire pour savoir quand on devenait un Suédois et quand la culture suédoise n'a plus de secret pour nous. Faisons-le ensemble:

  1. La première chose en entrant dans une banque, une poste, une pharmacie s'est de trouvé une "queue number machine" = machine à ticket: 
    1. Acquis: en effet, si tu veux pas attendre plus longtemps que prévu, tu as intérêt à la trouver rapidement et prendre ton ticket
  2. Tu acceptes de faire la queue devant la machine
    1. Acquis: même si le billet est primordial, les Suédois sont très polis et ordrés pour prendre leur ticket. A quand la machine à tickets pour faire la queue devant la machine à tickets?
  3. Tu associe le vendredi après-midi avec la visite au system bolaget
    1. Non atteint: ça se trouve un peu loin
    2. Non atteint: l'alcool est très cher et pour notre tête il est préférable de boire de la bière pour petit (2,8 à 3° d'alcool)
  4. Ta langue maternelle est sérieusement dégradée
    1. Partiellement acquis: Mon français se détériore, mon anglais s'améliore, mes phrases mélangent aisément suédois, français, anglais et argot.
  5. Tu collectionnes les sacs en plastic des magasins pour y mettre les poubelles
    1. Non atteint: dès les premiers jours, j'ai acheté de VRAIS sacs poubelle
  6. Les à-côtés de ta porte commence a ressemblé à un magasin de chaussures
    1. Non atteint: Ici il est coutume et politesse d'enlever ses chaussures quand on rentre chez quelqu'un. Par respect pour la propreté des lieux, on les enlève et on se promène en chaussettes ou en pantoufles. Mon couloir ne respecte pas cette loi et quand on va chez les "autres" (exchange student) on a pas l'habitude de le faire... mais allez chez un copère suédois et il fait une petite grimace quand tu ne retires pas tes chaussures.
  7. Le silence est fun
    1. Atteint: facilement, n'étant pas bavard et économe sur mes mots par habitude, j'ai pas eu trop de problème à acquérir cette faculté. Des soirs tu peux rester des quarts d'heure entier sans rien dire et pourtant tous tes coloc sont à côté, en face de toi... mais au lieu de dire des banalités pour combler ce silence, ils préfèrent se taire.
  8. Tu es toujours à l'heure
    1. Atteint: qualité digne d'un Suisse, rien à faire, juste à attendre l'autre qui n'est pas à l'heure... mais si c'est le cas, c'est un exchange student et non un Suédois... très ponctuelle la populace suédoise.
  9. Il n'est pas rare de dépenser 500 Sek (100 francs suisses) pour boire:
    1. Atteint: et même approuvé. Le porte-monnaie se vide autant vite que nos verres. Tu commences la soirée vers 20.00 et se termine vers 1.00, soit 5 heures. A une moyenne de deux chopes à l'heure, ça nous donne 10 boissons alcoolisées. Le prix d'une bière varie de 20 à 40 Sek et qui donne le résultat suivant: entre 200 et 400 Sek et là c'est une soirée calme... sans pré-party ou after et où le rythme de consommation est régulé et correct. Imaginez en optant pour des alcools forts ou offrir une tournée... les prix explosent
  10. Tu apprécies le surströmming
    1. Pas atteint: et ne le sera jamais. Comme on dit en suédois: "Aja Baja" = Attention. Alarme C! Tous au abris, les femmes et les enfants d'abord... quelle affreuse chose que le surströmming, le truc le plus infame sur cette terre. Explication: le surströmming est une spécialité culinaire dont seuls les Suédois ont le secret et la capacité de la manger. Il y a quelques années, quand les frigos n'existaient pas et que le seul moyen pour garder viandes et poissons était le sel, il y a une pénurie de sel. Donc certains Suédois n'avaient plus de moyen pour conserver les harengs. Ces poissons sont restés donc à flotter dans une marmelade de sel, d'eau et d'huile. Ils s'y sentaient si bien qu'ils ont commencé à fermenter et quand un poisson commence à pourrir, ça sent bon. Comme les Suédois étaient affamés en ces temps reculés, ils ont essayé d'y goûter. Rien ne dégoute un Viking et ils ont appréciés et ont commencé à commercialiser ce poisson dans des conserve, un peu comme le thon, chez nous. C'est de grandes boîtes rouges en acier avec écrit Surströming = Hareng fermenté. En classe, on a eu le plaisir d'y gouter.... beurkkkk. On était dehors pour le gouter, car la prof ne voulait pas polluer toute la classe. A 15 mètres, ça sentait comme si tu avais ton nez dans les poubelles ou le compost... l'horreur. J'ai trouvé un nouveau moyen pour tester l'étanchéité des masques à gaz de l'armée suisse. Le gaz banane, le lacrymo peuvent rester dans les placards. Si un filtre résiste au surströming, rien d'autre ne peut le franchir. On mange ce hareng sur du pain avec du beurre. Il faut l'avouer que peu de Suédois ne l'apprécient, c'est surtout une spécialité du Nord, mais tout de même, c'est pas humain... si ton voisin ou ta copine vient d'en manger, je te dis pas l'ambiance et l'haleine... vite un tic tac, non direct la boîte
  11. Trouver que 9° est une température douce et agréable
    1. pas atteint: bon sang on va se les cailler cet hiver. Il faut que je demande de m'envoyer le Pluto de l'armée.
Mercredi 23 août 2000

A nouveau un réveil difficile, la tête en compote, la gorge sèche... mais bon il faut supporter et se lever... mais quand on sait que le soir même, une énorme fête est prévue, difficile de ne pas reprendre des forces et de rester au lit. Aujourd'hui, on essaye de trouver nos cours et nos horaires. Là aussi c'est la catastrophe. Tous les cours se chevauchent ou n'existent plus. En résumé une bonne journée bien stressante à essayer de trouver des cours et des horaires, aller demander des infos chez nos coordinateurs, sur les ordis pour que ce lundi, on sache où aller. Avec mon mal de tête, c'était super. 

Comme annoncé plus haut, ce soir a lieu, à l'uni, une des plus grande fête de ces deux semaines d'accueil. Ils ont imité l'Oktober Fest de Munich. Avant d'y aller, on doit sacrifier un peu de notre temps à la déco de nos overall. Ce soir, il y a obligation de la porter, c'est une coutume. Normalement, nos tenues devraient porter des bandes jaunes sur toute la longeur, mais il y avait rupture de stock et on a décidé de faire nos bandes avec de gros feutres noirs. On fait très rebelle. Une trentaine d'exchange student avec ces bandes jaunes et le groupe de francophones, avec nos bandes noires. On commence notre soirée avec une habituelle pré-party chez l'un d'entre nous. Déjà quelques canettes disparaissent et comme on a pas eu le temps de manger, notre ivresse n'en est que plus rapide... à 22.00 quand on se rend sur place, nous sommes en GRANDE forme. Nous initions nos camarades français aux joies de l'armée suisse: déplacement en colonne par 4, salut, annonce, ramping, respect, autorité, "connerie". Nous arrivons à l'emplacement de la fête... pas besoin de demander où c'est, il y a qu'à suivre la longue et interminable queue. Petit à petit, on avance vers le portail d'accueil où de sympathiques vikings contrôlent nos tickets et identité. Première constatation, il fait très sombre... pas de lumière, quand tu cherches quelqu'un, c'est super... déjà avec l'alcool ça demande un peu de concentration, mais si tu rajoutes l'obscurité, c'est fini. Nous nous faufilons à travers la masse grouillante vers un bar. Notre choix se porte sur une "masse", un petit verre de bière d'une contenance d'un litre et nous prenons place à l'intérieur des diverses tentes. L'accueil des Suédois est très chaleureux. Je ne sais pas si c'est l'alcool qui les rend si heureux et si communicatifs, mais c'est très facile de rencontrer et discuter avec les Suédois, même si on est étranger. Nous déambulons à travers les diverses tentes, discutons, dansons, buvons, mangeons... Vers une heure, c'est la fin. Ici c'est comme si tu appuyais sur interrupteur pour conclure la soirée. Ils ont la permission d'une heure, à une heure moins 10, ils éteignent la musique et te prient de sortir, à 1.00 tout est vide. Les Suédois, même bourrés, sont très disciplinés. Faites la même chose en Suisse et encore à 4.00, il y a des personnes en train de boire ou qui gueulent parce qu'ils veulent pas rentrer.


Jeudi 24 août 2000:

Hic, Hic, c'est pas le son de mon réveil, mais mon estomac qui essaye d'écoper tout le flot de bière de la soirée (non David, j'ai pas "gerbé"). En se remémorant les différents faits de la soirée, j'en arrive à conclure que j'ai du boire plus de 7 litres de bières en une soirée, sans rien manger... bravo, bel effort, belle dépense... bizarrement, c'est pas le jour où je suis le plus fatigué, je pense que c'est encore l'alcool qui coule dans mes veines qui me dope.

Après le cours de suédois, vers la sortie de l'uni, je tombe de nouveau sur une manifestation digne des Suédois. Rappelez-vous le combat de boue... c'est au même endroit, mais ils font plus fort encore cette fois: un concours de "dégustation de bière". Devant une foule compacte et nombreuses, les équipes se confrontent pour savoir laquelle est la plus rapide pour ingérer un quota de bières. Chaque équipe compte 6 personnes, dont 3 demoiselles. En même temps concourent 4 équipes. Chaques équipe prend place à une table sous les applaudissements et les chants de leurs camarades. A chaque table, il y a un juge et quelques caisses de bières. Première manipulation: préparer les bières... religieusement, chaque membre de l'équipe ouvre les bouteilles (33 cl), enlève la collerette ou le papier pour pas que ça glisse, se gargarise. Le premier relayeur se prépare, sa bière en main; le suivant à ses côtés prêt à continuer. Tout à coup, le coup de départ et tu les vois lever les bras avec leur bière pour essayer de la boire "cul sec". D'une fois la bière finie et déposée, le suivant peut continuer. Celui qui a fini sa bière, passe derrière un "rideau" pour recracher, boire ou vomir le liquide. Le juge quant à lui surveille la procédure et stocke les "amours" des bières dans un bécher pour que la quantité totale de bière ingurgitée soit calculée. En moins de 5 minutes, la meilleur équipe achève de boire la caissette de bières sous les hourra du public. Avec encore la gueule de bois que je me paie, je reste pas longtemps à observer ces joutes gargantuesques.

Les équipes se préparent sous les yeux des juges

Chaque équipe a sa table et prépare les bières  Messieurs et Mesdames les Juges  Le concours a commencé


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